Préparer une nouvelle zone de culture

Une zone de culture déjà installée ne doit jamais être labourée. Le labour détruit la structure du sol, tue les vers de terre, force la minéralisation de la matière organique, bouleverse la vie du sol, rend la terre vulnérable à la pluie, au soleil, au ruissellement… Selon François Mullet du réseau Maraîchage Sol Vivant un labour à 25cm détruit 80% de l’activité biologique d’un sol.
Cela dit, un sol vivant a besoin de respirer, l’air doit pouvoir y circuler. Les plantes ont besoin également d’un sol léger pour pouvoir plus facilement y insérer leurs racines. Il est donc conseillé les premières années de décompacter le sol à l’aide d’une fourche bêche, une grelinette ou une campagnole. Cette décompaction doit s’opérer sans retournement de la terre, pour ne pas perturber les différents horizons : le sol c’est comme la mer, on ne trouve pas les mêmes organismes selon la profondeur et les milieux.
Les zones de cultures permanentes doivent être au maximum préservées du tassement. Il convient de ne jamais y poser un pied ou une main.
En théorie, au bout de plusieurs années, le sol n’a plus besoin d’être décompacté.
Lire à ce propos : Campagnole, grelinette et fourche bêche, comment décompacter le sol

Mise en place

La première année, afin de décompacter la zone et de booster la vie du sol, il est possible d’incorporer en fin d’été 10 centimètre de matières organiques (BRF, feuilles, compost) intégré en surface. Cela permet d’augmenter rapidement la taux de manière organique et la vie du sol.

Zones de culture décompactées et paillées

Un autre exemple de remise en vie du sol sous serre : décompactage sur 30 cm et mise en place en surface fin novembre sans incorporation de 20 cm de crottin de cheval de boxe sur copeaux + broyat de bois sous une bâche. Le bâchage permet de réchauffer le sol, de maintenir l’humidité du sol même sec au départ et le contrôle des adventices. Dès mi-janvier, la bâche est retirée à mesure des besoins.

Il également possible de disposer du carton directement au sol pour tuer l’herbe, si vous avez quelques semaines devant vous.

La haie fruitière en permaculture

Principes généraux de la haie fruitière

Une haie fruitière reproduit les différentes strates de végétation, partant de la plus haute, les arbres, en passant par la strate intermédiaire, les arbustes jusqu’au couvre-sol.
Disposées sur un alignement d’environ 1 mètre de large, les strates végétales profiteront d’un effet de lisière facilitant l’accès à la lumière, tout en permettant de densifier l’implantation. Vous diminuez ainsi la surface cultivée dont vous devrez prendre soin .

Les végétaux

Les espèces végétales à implanter sont spécifiques à votre jardin, à vos envies et besoins.
Lire à ce propos les principes de design en permaculture.

Dans une haie fruitière, nous n’installerons pas d’arbre de canopée tels que des noyers, châtaigniers, chênes…

Les arbres fruitiers

En strate la plus élevée, vous installerez des arbres fruitiers tels que pommiers, poiriers, cerisiers, pruniers, pêchers sur des porte-greffes limitant leur croissance.

Les arbustes

Vous installerez entre les arbres fruitiers, tous les mètres des arbustes que vous taillerez à 1,5 à 2 mètre de haut.

Guilde du noyer

Dans le cadre d’un design de jardin, nous avons travaillé sur la guilde du noyer. Cet arbre a mauvaise réputation car il émet de la juglone qui est un composé toxique pour de nombreuses autres plantes. D’ordinaire nous n’en installons pas dans les haies fruitières, mais l’arbre étant existant, nous avons adapté une guilde spécifique. Voici les arbustes que nous conseillons d’installer spécifiquement à proximité d’un noyer :

– Le cornouiller sanguin (Cornus sanguinea) est une plante détoxifiante, compagne du noyer, attire les auxiliaires (oiseaux, insectes), son fruit n’est pas comestible. A recéper (couper à 10 cm) tous les ans au printemps pour produire du mulch.

– Le sureau noir (Sambucus nigra), également plante détoxifiante, compagne du noyer, attire les oiseaux et les syrphes (prédateur des pucerons). Les fleurs donnent une excellente limonade et les fruits de la confiture, du vin.

– Le chalef d’autome (Elaeagnus umbellata), fixateur d’azote, réputé pour augmenter la productivité du noyer, fruits comestibles riches en vitamines et antioxydant.

Sureau en fleurs

Ces trois espèces végétales, taillées régulièrement fourniront du mulch et des conditions favorables pour les végétaux installés en leur compagnie.

Autres arbustes possibles

– Noisetier, néflier, amélanchier, feijoa, pêcher (de vigne), figuier …

Arbrisseaux

Entre chaque arbustes, vous installerez deux arbrisseaux en quinconce à 50 cm, parmi : cassissier, groseiller, casseiller, arbre aux faisans, framboisier, baie de mai, baie de goji

Strate basse, couvre sol

Au pied de ses arbustes vous ajoutez des plantes aromatiques : thym, romarin, oseille, lavande, sauge, ciboulette, mélisse …


des accumulateurs dynamiques : consoude, artichaut

des légumes perpétuels : chou Daubenton, poireau perpétuel, rhubarbe

et des fleurs telles que Œillets d’Inde, capucines et soucis.

Au sol, vous implanterez des bulbes comme des jonquilles, narcisses, crocus, lys… qui fleuriront en fin d’hiver et dynamiseront la rhizosphère de la haie.

Lianes

Enfin, tous les 5 mètres, une liane telle que vigne, kiwaï, mûre sans épine…

Implantation

L’idéal est de pouvoir préparer la nouvelle zone préalablement tel que décrit ici : Préparer une nouvelle zone de culture.
Une haie fruitière s’installe de préférences à l’automne pour plusieurs raisons : les poteaux sont plus faciles à planter quand le sol est humide et surtout les arbres auront plus de temps pour installer leurs racines avant l’été, période la plus stressante pour eux.
Vous positionnerez des poteaux tous les 2 mètres et si besoin un grillage pour bloquer le passage des animaux tels que les poules.

Le grillage sépare les poules de la haie fruitière

Un ou deux fils de fer soutiendront des lianes le long de la haie. Pensez à installer un système d’arrosage automatique pour prendre soin de vos arbres les premières années.

Vous pouvez interrompre les haies afin de la traverser avec une arche (en bois ou fer forgé) sur laquelle poussera une liane.

Une arche pour pouvoir traverser la haie

Entretien

Les arbres et arbustes devront être taillés régulièrement pour limiter leur développement. Les branchages et feuilles retirés seront découpés ou broyés et déposés afin de fournir une couverture permanente au sol. Des matériaux extérieurs tels que paille, foin, tonte de pelouse (en fine couche) pourront être apportés régulièrement afin de prévenir la pousse d’herbes indésirables et préserver l’humidité au sol.

Design en permaculture, la mise en place d’un écosystème

Principes de permaculture

Il y a beaucoup à dire et à apprendre sur le design d’un jardin en permaculture. Je vous propose ici une vision synthétique.

L’objectif d’un design en permaculture est d’orienter les forces de vivant pour produire de l’abondance en tirant partie des caractéristiques d’un lieu. L’idéal étant de lancer une dynamique pouvant perdurer sans la présence du jardinier.
Chaque élément du système est pensé en fonction de ses interactions avec les autres éléments selon deux principes :
– chaque élément remplit plusieurs fonctions
– chaque fonction est remplie par plusieurs éléments
Ces caractéristiques doivent renforcer la résilience d’un lieu, c’est à dire sa capacité à résister à des situations diverses inattendues.

Les besoins des plantes du jardin

Les éléments positionnés dans un design doivent remplir les fonctions de productions attendues par les jardiniers mais aussi un certain nombre de besoins des plantes et des êtres vivants du système.
Les besoins des plantes : air, lumière, eau, fertilité du sol (disponibilité des minéraux, sol aéré), abri (vent, soleil), fertilisation des fleurs (vent, insectes).
L’objectif est ainsi de créer un écosystème en fonction des conditions initiales du lieu – son biotope.

Biotope et écosystème

Un écosystème est composé d’un biotope – les caractéristiques d’un lieu – et d’une biocénose – l’ensemble des êtres vivants y coexistants en interrelation. Le biotope étant définit par les conditions géographiques, climatiques, pédologiques (composition du sol), hydrologique … le jardinier ne peut le modifier qu’au prix d’aménagements plus ou moins conséquents. Ajout de pierres pour créer des puits de chaleur, installation d’une mare, d’une haie coupe-vent, autant de méthodes pour générer des microclimats.
Les différences d’orientation, de pentes, de sol, d’humidité référencées sur un terrain définiront des biotopes distincts. Leur multiplicité est garante de la diversité d’un site et donc de sa résilience.
Une fois le biotope établi, votre jardin aménagé, il convient d’y implanter la biocénose adaptée.

Biocénose

Les végétaux, les animaux, les champignons et les bactéries en relation dans un écosystème constituent sa biocénose. La phytosociologie est l’étude des interactions entre les plantes au niveaux spatial et temporel. Elle permet de définir les guildes de plantes – ou syntaxons – associées naturellement dans leurs milieux.

Le jardinier ayant étudié et éventuellement créés ou modifiés les biotopes sur son terrain, adaptera la biocénose par l’ajout de végétaux adaptés et également pourquoi pas d’animaux, de champignons et de bactéries.