Premier atelier de la toile de la succession écologique

Nous avons eu le plaisir de recevoir sur une demi-journée le groupe de la formation « Le petit voyage punk » proposée par l’école de l’impossible. L’occasion d’expérimenter le nouvel outil que nous développons, dans la lignée de La Toile du Vivant.

La toile de la succession écologique : le cheval

Contrairement à la Fresque du Climat, à la Fresque du Numérique ou même à la toile du vivant, qui consistent à discuter autour d’une table, la toile de la succession écologique se base sur le premier principe de la permaculture défini par David Holmgren : l’observation.
La toile de la succession écologique : le champignon

Les éléments composant la toile sont définis par le groupe, et disposés sur des fils, à la manière du kit Inventons nos vies bas carbone.
La toile de la succession écologique : le plessage

Après un pot d’accueil et une présentation succincte, les participants ont découvert notre lieu avec un regard neuf, en déambulant librement pendant une demi-heure.
La toile de la succession écologique : la poule

Objectif : produire un « rapport d’étonnement » et construire ensemble une vision du lieu, recomposée tel un puzzle en fonction des différentes observations et interrogations des participants.
Un groupe singulier, en immersion dans un lieu vivant en équilibre dynamique, pour créer une vision instantanée commune, inscrite dans une continuité temporelle. Chaque élément trouve sa place dans la succession écologique, remplissant des fonctions en interaction avec l’écosystème complexe.
L’occasion d’échanger sur la place de l’humain vis à vis du sauvage, de la libre évolution des dynamiques naturelles, des ressources et capacités du milieu …
La toile de la succession écologique : le chêne

Après l’observation et l’analyse, place à l’action !

Objectif : pratiquer une activité concrète, à partir des ressources du lieu (biosourcées), de la manière la plus écologique possible (sobriété, low-tech).
Nous avons décidé de produire de la lessive de lierre.

Fabrication de la lessive au lierre : construction du poele en briques

Le groupe s’est scindé en trois sous ateliers :

  • Creuser un puits à la tarière et puiser de l’eau avec une pompe manuelle
  • Construire un poêle style fusée (rocket stove) en briques
  • Cueillir des feuilles de lierre dans le sous-bois

Fabrication de la lessive au lierre : allumage du feu

Une fois les trois groupes réunis, nous avons allumé le feu, chauffé l’eau avec les feuilles de lierre, extrait la saponine dans une préparation refroidie depuis la veille et distribué la lessive aux participants.
Fabrication de la lessive au lierre : chauffage de l’eau

La matinée s’est terminée par un pique-nique tiré du sac.
Une bien belle expérience pour tout le monde alliant low-tech, écologie et convivialité 🙂

La perversion de la possibilité de l’outil en ligne

En tant que créateur de La toile du vivant, j’ai été sollicité pour animer l’outil pédagogique « en ligne ». Ma réponse a toujours été laconique « Merci pour l’intérêt que vous portez à l’outil mais il n’est pas prévu de le proposer en version dématérialisée ».
Je voudrais dans cet article expliquer pourquoi.

La puissance pédagogique de la Fresque du climat

Quand j’ai découvert la Fresque du climat lors d’une formation à l’animation de cet outil, j’ai été frappé par la puissance du principe : 6 à 8 personnes échangent autour d’une table à propos de leur compréhension d’un système complexe, se mettant d’accord sur les relations d’interdépendances entre ces éléments. Naturellement des discussions internes aux groupes se crées, plusieurs mini groupes manipulent et déplacent des cartes différentes; émergent des questions que peut-être personne ne se serait posé s’il n’y avait eu cette mission commune de placer les éléments d’un système complexe sur une grande feuille de papier et de matérialiser leurs interactions.
Cette négociation en groupe génère une vision partagée, construite par interactions spontanées entre les participants. La puissance de ce principe m’a donné envie de créer un outil pour appréhender la complexité des systèmes agricoles, la Toile du vivant.

Le mirage des versions en ligne

Porté par la volonté de diffuser au plus grand nombre les connaissances liées aux changements climatiques, des membres de l’association de la Fresque du climat ont proposé d’animer la Fresque du climat « en ligne », via l’utilisation d’un outil permettant de partager à plusieurs un écran pour déplacer virtuellement des cartes. Associé à un logiciel de visio conférence, cette solution devait permettre de continuer à utiliser la Fresque du climat pendant la crise sanitaire et de prolonger la belle dynamique dans laquelle se trouvait la Fresque du climat.
A la faveur de la crise sanitaire et pour répondre à un besoin ressenti de continuer à utiliser l’outil, la fresque en ligne s’est déployée massivement devenant ainsi une option possible, en plus de la fresque initiale constitué de carte à déplacer autour d’une table.
Seulement le compte n’y est pas, une version en ligne ne vaut pas une utilisation en présentiel. Le rapport à l’autre, la manipulation dans l’espace des concepts ne fonctionnent pas aussi bien derrière un écran : l’expérience est dégradée. L’essentiel de ce qui faisait la force de l’outil a disparu avec sa numérisation.
La question est donc de savoir dans quelle mesure la dégradation de l’expérience est acceptable. Dans quelle mesure avons-nous le choix d’accepter qu’un outil soit utilisé de manière dégradée ?
J’ai trop de respect pour la Toile du vivant pour accepter qu’il soit utilisé dans un autre contexte qu’en présentiel.

La perversion de la possibilité de l’outil en ligne

Dans le sillon de la Fresque du climat, de multiples projets reprennent le concept. Fresque océane, Fresque de la biodiversité, Fresque du numérique… autant de ‘fresques amies‘ développant des thématiques autour de sujets complexes liés à l’environnement. Ce foisonnement réjouissant d’initiatives multiples s’ajoutant à l’essor de la Fresque du climat, les prestataires professionnels proposant des fresques sont de plus en plus nombreux. Tant mieux, à priori, si l’objectif est de diffuser massivement les messages portés par les fresques. Sauf que nombre d’entre eux se mettent à vendre de la prestation fresque en ligne. L’utilisation d’un outil composé de cartes en carton à disposer en équipe autour d’une table sur une grande feuille de papier permettant à des personnes constituant un groupe de mieux se connaître tout en étant touché par des concepts qu’ils manipulent physiquement, mais en ligne… et pourquoi pas avec des participants qui ne se rencontreront jamais et n’auront aucun projet en commun ? …

On arrête pas la numérisation ?

Les arguments sont les mêmes que dans tous les chantiers de numérisation : « c’est quand même plus pratique », « on sait bien que c’est moins bien mais sinon on ne peut pas le faire », « tu te rends compte que je peux animer des fresques pour une société située à l’autre bout du monde » … et ma préférée « ça nous permet de nous rendre compte que c’est moins bien que du contact humain ». Et forcément une animation en ligne peut coûter moins cher qu’en présentiel, ou permettre d’intégrer plus de monde, ou de faire jouer la concurrence entre les animateurs. La prochaine étape, c’est une IA qui le fera mieux qu’aucun humain.
Là où la Fresque du climat nécessitait des compétences humaines non délocalisables, le numérique lui permet d’entrer pleinement dans la sphère capitaliste, instaurant une belle compétition de tous contre tous grâce à l’optimisation des processus et la maximisation des profits, entrant ainsi pleinement dans le XXIème siècle des drones, de la 5G et de la reconnaissance faciale. On arrête pas le progrès. Encore un outil papier numérisé, ouf !

Non, la vie est ligne n’est pas une option

La numérisation n’est pas une option, l’informatique est un outil anti convivial, déshumanisant, dévitalisant. Une tomate industrielle insipide n’est pas une tomate. Une fresque du climat en ligne n’est pas une Fresque du climat. Un animateur n’est pas un robot. Les participants ne sont pas des consommateurs d’un service mais les membres d’un groupe, définissant une entité caractérisée par une appartenance commune et la présence simultanée dans un lieu physique. Les interactions humaines ne se limitent pas à l’ouïe et la vue.

Raviver le lien

C’est selon moi l’enjeu de notre temps : raviver le lien. Et nous ne pouvons pas faire de concession sur cette relation que nous devons retrouver les uns avec les autres, entre vivants humains, non humains, avec nos territoires. L’expérience incarnée est unique. C’est elle qui nous caractérise en tant qu’être vivant, et c’est pour elle que nous devons être intransigeants.

Pour « sauver la planète » les nouveaux récits existent déjà, et ce ne sont pas ceux que vous croyez

Pour de nombreux écolos têtes de gondoles, l’imaginaire occidental serait trop pauvre en histoires aptes à nous faire rêver collectivement en un avenir compatible avec les limites planétaires. Il nous faudrait ainsi inventer de nouveaux récits afin d’indiquer la voie à une population en manque d’inspiration, engoncée dans un quotidien aliénant, souhaitant visualiser un horizon vivable afin de se mettre en marche dans sa direction. Sans cette vision commune, sans cette perspective optimiste, il ne serait pas possible d’espérer sortir du tunnel dans lequel la méga machine industrielle nous enferme.

Vers une nouvelle utopie ?

Quand Thomas More écrit « L’utopie », c’est pour critiquer la société anglaise dans laquelle il vit et proposer des modes de fonctionnement différents. S’il espère que certaines de ses idées pourront entrer en application dans son pays à l’avenir, « L’utopie » décrit le fonctionnement d’un pays imaginaire, non pas une voie à suivre pour vivre dans une Angleterre idéale. Si certaines des idées de More se sont réalisées, il s’est bien gardé de donner un calendrier et une marche à suivre. Cette technique narrative permet à l’auteur de ne pas désigner directement les auteurs des problèmes de ses contemporains d’une part et d’être moins taxé d’irréalisme sur les propositions les plus éloignées du monde dans lequel il évolue d’autre part. Écrire une utopie concrète se basant sur un scénario de prospective avec un déroulement précis, quand bien même il n’aurait pour but que de donner des jalons et des références afin de créer un imaginaire commun, est systématiquement voué à l’échec.
Par définition, l’avenir est incertain et toute projection sera toujours remise en cause par les faits. Il en va de même pour un programme politique basé sur des promesses chiffrées : il condamne celui qui les a émises à expliquer pourquoi les objectifs n’ont pas été tenus. C’est précisément parce qu’ils ne sont pas crédibles que les grands récits imaginaires nous touchent. Ils ne pointent pas les actions à mettre en place pour résoudre un problème défini, mais fournissent des éléments de comparaison permettant d’illustrer un propos, sans tomber dans le piège du cas particulier, qui par définition est toujours ambivalent.
Prenons l’exemple de la définition de la radicalité. Si pour expliciter le terme ‘radical‘ dans le contexte politique nous utilisons des exemples historiques, nous nous exposons à l’opposition d’un contre-exemple anéantissant notre discours ou au reproche d’une référence non recommandable. Sans s’engager sur ce terrain glissant, une explication de la radicalité politique se référant à de grands événements historiques du XXème siècle, expose tout de suite à des levées de bouclier, des objections imparables sur le contexte et sur les conséquences des événements utilisés en référence.

Il n’en va pas de même avec la fiction.

La radicalité selon Le seigneur des anneaux et Le trône de fer

Agir avec radicalité, c’est porter son action sur la racine d’un problème et non seulement sur sa conséquence. Dans ‘Le seigneur des anneaux’ de J.R.R Tolkien , le grand méchant Sauron a forgé un anneau, source de son pouvoir, qui corrompt les hommes. Certains hommes sont tentés de lutter contre Sauron en s’emparant de la source de son pouvoir, l’anneau unique. Mais la communauté de l’anneau s’accorde pour ne pas utiliser cette source maléfique mais au contraire pour la détruire. Cette volonté d’anéantir le mal à sa source est inconcevable pour l’ennemi, qui ne pense même pas à défendre le lieu où cet anneau pourrait être détruit. Détruire cet anneau est un acte radical, il pulvérise l’origine du problème. Ce qui ne dispense pas les gentils de batailler contre les méchants en attendant d’avoir accompli cette quête radicale.

Dans ‘Le trône de fer’ de George R. R. Martin, une armée de morts menace de détruire le monde des hommes. Durant une bataille épique l’armée des morts combat celle des hommes. Pour simplifier, le seul moyen pour les hommes de gagner cette bataille est de tuer le chef de l’armée adverse. Il s’agit d’un acte radical. Sans tuer le chef des morts, la bataille ne peut être gagnée. Les hommes doivent identifier et détruire la cause du problème, en plus de s’occuper de ses conséquences que sont les hordes de morts.

Dans ‘Le seigneur des anneaux’, comme dans ‘Le trône de fer,’ ce ne sont pas les grands représentants qui résolvent le problème à sa racine mais des personnages plus insignifiants qui savent frapper efficacement là où l’ennemi ne l’attend pas. Dans les deux cas, la cause semble désespérée.

Pour un militant écologiste, ces deux grands récits ayant touché des millions de personnes dans le monde occidental sont des excellentes allégories de la lutte contre les périls menaçant l’humanité. Leur ancrage dans un monde imaginaire les rend d’autant plus crédibles que personne ne pense que ces mondes ont existé ou existeront un jour.

Si être radical, c’est détruire l’anneau de Sauron dans ‘Le seigneur des anneaux’, ou tuer le chef des morts dans ‘Le trône de fer’, que pourrait signifier une écologie radicale ? A coup sûr, un mouvement s’attelant à identifier la ou les origines des problèmes auxquels nous devons faire face et se focalisant sur leur résolution.

Dans ‘Le seigneur des anneaux’, celui qui détruit l’anneau est un semi homme. Il est le seul espoir des gentils. Il serait bien insignifiant pour lutter contre l’ennemi avec ses propres armes. Il incarne la radicalité, seule solution à même de résoudre le problème à sa base.

Les grands récits existent déjà

Il est évident que la définition de la radicalité basée sur ces deux grands récits contemporains aura touché le lecteur de manière différente selon qu’il connaisse ou non préalablement les histoires auxquelles elle se réfère.
J’ai pu récemment présenter en conférence les principes de la permaculture à un public dont une partie ne connaissait pas ces deux histoires sur lesquelles j’appuyais mes explications. L’absence de grands récits connus collectivement nuit ainsi à la perception commune d’une problématique mais il semblerait qu’il n’existe pas d’histoire imaginaire à même de rassembler tout un auditoire. Ma présentation s’appuie également sur des représentations picturales de la genèse particulièrement édifiantes pour souligner certains éléments de la démonstration. Il est incontestable que l’émotion suscitée par une œuvre d’art est un formidable levier pour toucher un auditoire, et un grand avantage des récits déjà existant réside dans le fait qu’ils ont déjà inspirés des artistes talentueux.
A chacun de s’en emparer, tout est déjà là !

J’ai failli marcher sur une vipère ou le paradoxe des espèces en voie de disparition

Après avoir puisé de l’eau pour les chevaux, je suis allé débroussailler une partie de notre terrain pour ouvrir un chemin entre deux futurs enclos.
En marchant sur un morceau de bois, j’ai vu déguerpir une vipère : PEUR !
Bien vite je me suis rassuré qu’elle soit partie à un endroit où je n’irai pas aujourd’hui. Tout en me félicitant d’avoir enfilé des bottes, je me suis rappelé avoir marché pieds nus sur le chemin hier.

En bon écolo, j’aime le vivant, j’aime les animaux. Mais quand je vois une vipère là où ma fille de huit ans joue habituellement, j’ai du mal à m’en réjouir.
Hier justement, ma fille était très contente de voir une jolie grenouille marron (photo). A l’idée que ce serpent ait pu manger la grenouille, j’ai pensé que ça serait dommage, vu le peu de grenouilles qu’il reste, quand on sait l’impact négatif de l’activité humaine sur les populations de batraciens. Instantanément, j’ai pensé que les vipères étaient également en danger. D’où le paradoxe :

Que penser d’un animal dont l’espèce est en voie d’extinction quand il mange un membre d’une autre espèce elle-même en voie d’extinction ?

Bien sûr, le monde n’est pas partagé entre les méchants et les gentils, surtout lorsque l’on pense aux interactions entre les êtres vivants. On peut considérer que s’il y a un prédateur c’est qu’il y a suffisamment de proies et que les prédateurs renforcent les populations prédatées en éliminant les membres plus faible ou malades. La présence sur un lieu d’espèces situées tout en haut de l’échelle alimentaire est un signe de qualité du milieu. C’est donc une bonne nouvelle d’avoir une vipère sur son terrain, mais aussi un rappel que nous ne sommes pas seuls et que le vivant peut également être dangereux.

Cela me rappelle une expression qui servira de conclusion à ce texte

Quand on est pieds nus, on regarde où on met ses pieds

Troisième confinement : un test grandeur nature

Les déplacements libres jusqu’à 10km, 30 km sur justificatif.
Bienvenue dans le monde des limites. Si personne n’aime les contraintes à priori, c’est pourtant une caractéristique immuable de la vie.
Nous entrons, pendant au moins quatre semaines, dans une phase durant laquelle nous serons libres d’évoluer dans une zone que nous pouvons parcourir en courant pendant une heure – environ 10 km/h – , ou en pédalant pendant une heure – 30 km / h – sur autorisation.
Ces données géographiques ne sont-elles pas à l’échelle des limites de nos corps ?

Si le président nous avait annoncé :

pas à plus d’une heure à pied sans autorisation, pas à plus d’une heure à vélo dans tous les cas

la contrainte n’aurait pas été imposée arbitrairement mais par nos propres limites physiques.

A y bien regarder, ces distances correspondent à peu près à un monde sobre énergétiquement. A un monde qui prendrait en compte les limites planétaires et se soucierait de l’impact du mode de vie humain sur les écosystèmes. Qui parmi vous irait se balader à plus d’une heure de chez lui en courant en ligne droite ? Qui irait s’approvisionner à plus d’une heure à vélo ?

D’accord personne n’aime être contraint arbitrairement, mais faisons contre mauvaise fortune bon cœur : il nous est demandé de tester durant quelques semaines notre rayon d’action raisonnable dans un monde que nous sommes de plus en plus nombreux à réclamer : nous appelons à la sobriété, à un mode de vie durable, alors prenons cette période difficile qui s’annonce comme un test grandeur nature.
Posons-nous les bonnes questions. A quoi avons-nous réellement besoin d’accéder ? Pour notre santé physique, mentale ? Le territoire où nous vivons remplit-il nos besoins ?
Et tirons en les conclusions.

Raconter une histoire et la diffuser

Chaque action ponctuelle peut être inscrite dans une histoire plus grande. C’est cette narration qui donnera du sens et donnera envie à d’autre de vous rejoindre dans des mouvements collectifs.

Par exemple, si vous souhaitez planter des céréales pour maximiser l’utilisation de l’énergie solaire atteignant votre terrain durant l’hiver, vous pouvez employer différents termes
1 – semer des engrais verts : la finalité sous entendue est d’occuper le sol pour le fertiliser
2 – semer des céréales : vous cherchez à récolter des graines
3 – semer des céréales anciennes : vous souhaitez préserver des variétés rustiques ancestrales
4 – semer de l’orge brassicole : vous voulez brasser de la bière 😉

Auto fertilité et engrais verts

Idéalement, aucun rayon de soleil ne doit toucher le sol ou le paillage sans être mis à profit pas la photosynthèse. 80% des organismes vivant du sol, en nombre, vivant autour des racines, le paillage sans plante va faire s’effondrer la vie du sol. Il faut chercher à avoir en permanence une plante vivante sur le sol afin d’y maintenir la vie à son maximum et optimiser la production végétale sur chaque zone de culture.
C’est le rôle des engrais verts, semés entre deux cultures quand la zone est habituellement libérée. Ils permettent de créer de la biomasse sur place en créant un couvert végétal protégeant, nourrissant et structurant le sol. Ils ne sont utilisables que sur des zones libres de tous végétaux.
Pour les engrais verts comme pour toutes les cultures, favoriser la diversité des espèces.
Par exemple, à l’automne, après destruction de la culture précédente, semis de l’engrais vert : 80% légumineuse (féverole, vesce, pois fourrager), 20 % céréales (seigle, avoine, blé). Les légumineuses fixeront l’azote de l’air tandis que les céréales décompacteront le sol.

Destruction du couvert

Les couverts coupés à la floraison n’auront pas la force de repartir. Plus tôt, il convient de casser les tiges sans les couper et de pailler avec du BRF, de la paille ou du foin. L’emploi de compost permet de réchauffer plus vite le sol mais s’il est très azoté il risque de favoriser le mildiou.
Les professionnels utilise le rouleau faca pour écraser le couvert. Il convient de semer juste après le couchage du couvert végétal pour éviter les maladies, les risques étant élevés après 8 jours.

Maintien de la fertilité, engrais et amendements

Engrais et amendements

Les amendements sont des apports qui structurent et nourrissent le sol, en opposition aux engrais destinés à alimenter la seule plante cultivée. Les engrais rendent la culture dépendante de l’homme, celui-ci se substituant à la vie du sol pour combler les besoins des plantes. Le paysan est ensuite obligé de protéger les plantes de leur environnement par des pesticides alors que le système naturel devrait remplir ce rôle.

Amendements

Les amendements sont des apports qui structurent et nourrissent le sol, en opposition aux engrais destinés à alimenter la seule plante cultivée. Les engrais rendent la culture dépendante de l’homme, celui-ci se substituant à la vie du sol pour combler les besoins des plantes. L’agriculteur est ensuite obligé de protéger les plantes de leur environnement par des pesticides alors le système naturel devrait remplir ce rôle.
Voici un classement des matières organiques naturelles que le jardinier permaculteur peut apporter pour nourrir son sol et ses plantes.
Dans une éthique de non travail du sol, ces matières doivent être disposées à même le sol ou légèrement incorporées dans les premiers centimètres lors de la mise en place de la zone de culture.
Du plus dur (ligneux) au plus tendre
Le bois mettra très longtemps à se décomposer sauf s’il est réduit en sciure. Il favorisera le développement des champignons (culture de pleurotes possibles), peut servir de paillage durable
Le Bois Raméal Fragmenté (BRF) est le broyat des petites branches de l’année . Il est riche en lignine mais également en sucres. Incorporé à l’automne dans les premiers centimètres du sol il booste la vie du sol. Une faim d’azote peut avoir lieu au printemps.
La paille servira de paillage protégeant le sol des rayons du soleil donc du dessèchement et de la levée des adventices (plantes non désirées)
Le foin se décomposera plus vite et nourrira plus rapidement le sol. 20 cm en couche permanente permettent de très bons résultats au potager (« Le potager du paresseux »).
La tonte d’herbe est très azotée, peut servir de paillage en fine couche, attention au pourrissement qui peut bloquer l’air et créer une asphyxie du sol
Le compost de déchetterie a été produit en montant à forte température (70°C) sous l’action de bactéries. Il est inerte, exempt de vie et de graines. Il va agir comme un engrais rapidement assimilable par les plantes mais ne stimulera pas la vie du sol. La montée en température correspond à une perte d’énergie qui aurait pu profiter à la vie du sol
Le vermicompost correspond au compost des jardinier produit principalement par l’action des vers de terre épigées. Rapidement assimilable et plein de vie, il agira comme un levain pour le sol
Le fumier animal de vache, de cheval, de poule, de lapin… est très riche en azote et agira comme un engrais, il stimulera la vie microbienne et nourrira directement les plantes. A apporter avec mesure aux plantes très gourmandes (rhubarbe, courges, artichaut…).

De manière générale, le meilleur apport est celui qui est disponible gratuitement sur place.

Apport annuels

Selon Laurent Welsch et Konrad Schreiber du réseau Maraîchage Sol Vivant, une fois la fertilité revenue, il convient d’apporter 2kg par an de matière « équivalent paille » par m².

Les stratégies pour un jardin perpétuel : haie fruitière et succession de cultures

Pour installer durablement des végétaux perpétuels au jardin, nous allons nous inspirer du fonctionnement des écosystèmes naturels, en particulier de la forêt et de la savane.

La haie fruitière

Reproduire l’écosystème de la forêt n’est pas forcément accessible ni intéressant au jardin. En permaculture, l’effet de lisière est recherché : reproduire l’endroit où la forêt et la prairie se rencontre. Le principe de la haie fruitière est d’établir des haies large d’environ 1m50 mettant en place les différentes strates de la forêt : arbre, arbuste, légume, couvre sol, racines et lianes.
Dans ces haies, l’essentiel des végétaux sont perpétuels / vivaces. Les arbres et arbustes servent de tuteur au légumes et les lianes fixent les légumes aux branches. La taille des arbres est utilisée pour pailler le sol non occupé. Il est possible d’utiliser des végétaux fixateur d’azote tels que les légumineuses pour amender le sol tandis que les bulbes tels que les jonquilles jouent l’effet de starter pour le réseau mycorhizien.
Dans tous les cas, c’est la biodiversité de la haie qui renforcera sa résilience,. Cette haie doit tendre à l’auto fertilité.
En plus d’être nourricière elle remplit les rôles principaux d’une haie : brise-vent, brise-vue, cloisonnement de l’espace. Associée à un grillage elle délimitera parfaitement un parc à poules.

Le semi spontané

Afin de favoriser la vie du sol et également le semi spontané, le sol ne doit pas être retourné. De ce fait, seuls les plantes présentes l’année précédente ont la possibilité de voir leurs graines germer. Il s’agit donc de sélectionner des végétaux non hybrides produisant des graines à même de donner de nouveaux plants intéressants. Si beaucoup de plantes identiques poussent au même endroit, il est alors possible d’en déplacer dans le jardin et d’en donner à ses voisins. La bourrache, l’amarante, la roquette sont de bons candidats.
Il est important de laisser monter en graines les plantes s’adaptant le mieux à votre jardin et à votre technique de culture. C’est la sélection végétale pratiquée depuis 10 000 ans par les hommes.

La succession des cultures ?

Afin de maximiser l’utilisation du rayonnement solaire disponible sur le jardin de toute l’année, il est important que le sol soit couvert en permanence par du végétal mettant à profit cette énergie gratuite. Classiquement, l’hiver le potager est recouvert de fèves, choux, poireaux, salades et légumes bisannuels tels que betterave et bettes.
Les autres zones produisent de la biomasse par l’intermédiaire des céréales tels que blé, seigle, avoine ou d’autres engrais verts tels que luzerne, trèfle, phacélie, vesce. L’enjeu du jardin perpétuel est dans la succession de ces cultures afin d’accompagner les rythmes naturels au fil des saisons afin de, tout en limitant les interventions, maximiser la production de nourriture, de vie, de beauté.

Le végétal perpétuel

Le végétal idéal est immortel, produit abondamment toute l’année de la nourriture pour les humains et les animaux, fertilise le sol autour de lui, offre un abri contre le vent et la pluie, produit du bois, de la beauté, des fleurs magnifiques au parfum exquis… Dans la nature tout cela existe mais un seul végétal ne remplit pas toutes ces fonctions.
Pour créer un jardin inscrit dans la durée et afin de minimiser l’énergie que nous lui apporterons, nous recherchons les guilde de végétaux qui rempliront ces fonctions sur de longues périodes, au moins plusieurs années.

Les arbres et arbustes fruitiers

Les arbres et arbustes sont les végétaux à la plus grande longévité. Par exemple, un pommier de 3m de haut peut produire des pommes au bout de 5 ans pendant 25 ans. La même variété de pommier greffé sur un système racinaire plus vigoureux pourra vivre plus longtemps, produire plus abondamment mais sa première mise à fruit sera plus tard tardive et son port sera plus élevé.
Il s’agit donc de choisir ses arbres en fonction de la qualité et la quantité de la production ainsi que de l’espace occupé dans le jardin, qui est souvent le facteur limitant. La temporalité a son importance également, si vous implantez pommier, veillez à ce que leur production soit étalée afin de ne pas avoir à récolter, transformer, consommer les fruits de tous les arbres en même temps.
Les fonctions des arbres et arbustes sont la production de fruits, de bois, d’abris pour les animaux et les végétaux, de support pour les lianes, de litière au sol par la chute de leurs feuilles, de pollen (plantes mellifères)…
Grands arbres : Noyer, chataîgner
Fruitiers : Pommier, poirier, cerisier, prunier, nashi, cognassier, mûrier, figuier
Arbustes – buissons : Amélanchier, noisetier, néflier d’Allemagne et du Japon, sureau, cassissier, groseiller, framboisier, eleagnus Ebingei, aronia, goji
Lianes : Vigne, kiwi, kiwaï, houblon, ronce sans épine

Les vivaces comestibles

La plupart des légumes annuels cultivés aujourd’hui possèdent un équivalent plus rustique ayant la capacité de durer plusieurs années. Leur utilisation nécessite souvent de modifier ses habitudes alimentaires, la production étant moins abondante. Par exemple le poireau perpétuel est beaucoup plus petit que le poireau annuel des maraîchers. Il se récolte en coupant la végétation à ras de terre en laissant le bulbe intact . Ce bulbe recréera de la végétation et se multipliera, ce qui permettra de récolter plusieurs fois par an de plus en plus de poireaux.
Les vivaces remplaçant les annuelles : choux perpétuel de Daubenton, poireau perpétuel, livèche (céleri perpétuel), ail rocambole (bulbilles aérienne en haut de tiges), chervis (ancêtre de la carotte)
Les vivaces : artichaut, cardon, rhubarbe, topinambour, asperge, fraisier, oignon patate
Les aromatiques : romarin, thym, ciboulette, menthe, sauge, oseille, mélisse
Les sauvages : ortie, pissenlit, consoude

Les annuels se ressemant

Certains végétaux ou fleurs annuels ou bisannuels (montant en graines la deuxième année) se ressèment tout seul. Il suffit d’en laisser certains poursuivre le cours naturel de leur végétation pour qu’ils disséminent leurs graines. Par exemple, l’arroche mauve est difficile à semer mais se ressème très bien naturellement.
Les graines qui pousseront spontanément le feront au bon moment et se développeront dans les meilleurs conditions. De cette façon certains plants de tomates issus de fruits tombés au sol rattrapent le développement des pieds semés sous serre quand les conditions deviennent favorables. Alors pourquoi ne pas laisser les plantes se reproduire spontanément ? Allier les deux stratégies : plantes spontanées et récolte de graines.
Quelques plantes se ressemant toutes seules : Arroche, salade, bourrache, pomme de terre, oca du Pérou, amarante, roquette, topinambour