J’ai failli marcher sur une vipère ou le paradoxe des espèces en voie de disparition

Après avoir puisé de l’eau pour les chevaux, je suis allé débroussailler une partie de notre terrain pour ouvrir un chemin entre deux futurs enclos.
En marchant sur un morceau de bois, j’ai vu déguerpir une vipère : PEUR !
Bien vite je me suis rassuré qu’elle soit partie à un endroit où je n’irai pas aujourd’hui. Tout en me félicitant d’avoir enfilé des bottes, je me suis rappelé avoir marché pieds nus sur le chemin hier.

En bon écolo, j’aime le vivant, j’aime les animaux. Mais quand je vois une vipère là où ma fille de huit ans joue habituellement, j’ai du mal à m’en réjouir.
Hier justement, ma fille était très contente de voir une jolie grenouille marron (photo). A l’idée que ce serpent ait pu manger la grenouille, j’ai pensé que ça serait dommage, vu le peu de grenouilles qu’il reste, quand on sait l’impact négatif de l’activité humaine sur les populations de batraciens. Instantanément, j’ai pensé que les vipères étaient également en danger. D’où le paradoxe :

Que penser d’un animal dont l’espèce est en voie d’extinction quand il mange un membre d’une autre espèce elle-même en voie d’extinction ?

Bien sûr, le monde n’est pas partagé entre les méchants et les gentils, surtout lorsque l’on pense aux interactions entre les êtres vivants. On peut considérer que s’il y a un prédateur c’est qu’il y a suffisamment de proies et que les prédateurs renforcent les populations prédatées en éliminant les membres plus faible ou malades. La présence sur un lieu d’espèces situées tout en haut de l’échelle alimentaire sont un signe de qualité du milieu. C’est donc une bonne nouvelle d’avoir une vipère sur son terrain, mais aussi un rappel que nous ne sommes pas seuls et que le vivant peut également être dangereux.

Cela me rappelle une expression qui servira de conclusion à ce texte

Quand on est pieds nus, on regarde où on met ses pieds

Troisième confinement : un test grandeur nature

Les déplacements libres jusqu’à 10km, 30 km sur justificatif.
Bienvenue dans le monde des limites. Si personne n’aime les contraintes à priori, c’est pourtant une caractéristique immuable de la vie.
Nous entrons, pendant au moins quatre semaines, dans une phase durant laquelle nous serons libres d’évoluer dans une zone que nous pouvons parcourir en courant pendant une heure – environ 10 km/h – , ou en pédalant pendant une heure – 30 km / h – sur autorisation.
Ces données géographiques ne sont-elles pas à l’échelle des limites de nos corps ?

Si le président nous avait annoncé :

pas à plus d’une heure à pied sans autorisation, pas à plus d’une heure à vélo dans tous les cas

la contrainte n’aurait pas été imposée arbitrairement mais par nos propres limites physiques.

A y bien regarder, ces distances correspondent à peu près à un monde sobre énergétiquement. A un monde qui prendrait en compte les limites planétaires et se soucierait de l’impact du mode de vie humain sur les écosystèmes. Qui parmi vous irait se balader à plus d’une heure de chez lui en courant en ligne droite ? Qui irait s’approvisionner à plus d’une heure à vélo ?

D’accord personne n’aime être contraint arbitrairement, mais faisons contre mauvaise fortune bon cœur : il nous est demandé de tester durant quelques semaines notre rayon d’action raisonnable dans un monde que nous sommes de plus en plus nombreux à réclamer : nous appelons à la sobriété, à un mode de vie durable, alors prenons cette période difficile qui s’annonce comme un test grandeur nature.
Posons-nous les bonnes questions. A quoi avons-nous réellement besoin d’accéder ? Pour notre santé physique, mentale ? Le territoire où nous vivons remplit-il nos besoins ?
Et tirons en les conclusions.